10e anniversaire : notre sixième invitée dans la série d'interviews -Fatiha Serour

Interview et traduction par Alice Binnington – Action for Development

 

Pouvez-vous nous raconter brièvement votre parcours?

Disons que mon “titre de gloire” c’est que j’ai passé vraiment longtemps dans l’ONU, ainsi que dans le secteur non-gouvernemental. J’ai occupé plusieurs postes au sein de l’ONU, quelques uns basés aux sièges - à New York, Genève, au Danemark, en Italie; les autres sur le terrain, en Somalie, Palestine, au Soudan… environ 45 pays, y compris l’Afghanistan. Mon dernier poste formel au sein de l'ONU a été Secrétaire-général adjoint en Somalie, responsable pour tout le processus politique et démocratique, les droits de l’homme, l’état de la loi, la protection des femmes et des enfants… Depuis que j’ai quitté la Somalie, je travaille la plupart du temps comme indépendant. J’ai co-créé ma propre plateforme, le Justice Impact Lab, où nous nous concentrons sur des questions de comment la justice est mise en place utilisant l’ODD 16, qui parle d’institutions de justice responsables et inclusives, parmi d’autres. Je fait aussi partie de l’Africa Group for Justice and Accountability, qu’est un groupe de 15 experts sur les droits humains, l’état de la loi et de la justice de très haut niveau; nous offrons du support aux gouvernements de l’Afrique pour assurer que les questions de la justice sont véritablement mises en place. Nous collaborons étroitement avec la CPI - la cour pénale internationale. Finalement, je fais aussi partie des Global Women Leaders, un groupe de 57 femmes responsables qui faisaient à un moment partie de l’ONU et viennent de plusieurs pays. Nous essayons d’étendre les voix des femmes partout dans le monde sur les questions de l’égalité des sexes, la paix, la sécurité, et la violence contre les femmes. J’ai aussi travaillé avec l’Organisation de l'État Libre Associé Britannique - j’ai été responsable pour la division des jeunes. C’était un des mes rôles préférés, parce que j’ai travaillé avec MSF, qui étaient très soutenants. Nous avons repoussé les limites du développement et de la responsabilisation des jeunes. 

Quand avez-vous découvert l'Afghanistan et dans quel contexte ?

J’ai vu l’Afghanistan pour la première fois en 1997. J'étais Conseillère Principale sur le Genre pour le Programme Alimentaire Mondiale. J’y suis allée pour faire partie d’une revue gouvernementale. C’était presqu’en même temps que la première fois que le Taliban a pris le pouvoir, et c’était très troublant: on a tout ces décrets de la part des Talibans - les filles ne pourront pas aller à l’école, les femmes ne pourront pas aller à l’hôpital pour accoucher (plusieurs d’elles sont morts). C’était un temps assez morne. Que deux agences de l’ONU étaient présent - le Programme Alimentaire Mondiale et UNICEF. Il y avait aussi des organisations non-gouvernementales comme MSF et la CICR. Je ne connaissais pas grand chose sur l’Afghanistan et nous tous ne connaissaient pas grand chose sur le Taliban. Pour assurer que nous pourrions toujours livrer du soutien alimentaire, il était très important d’établir une conversation, un dialogue, avec le Taliban. Ma conclusion à la fin de cette époque-là était que le Taliban n’est pas un group homogène: la réponse qu’on reçoit dépend d’où on va et à qui on parle. Je pense que c’est la même situation aujourd’hui.  

Qu’est-ce qu’avez vous remarqué?

Pour moi, l’Afghanistan est si riche en termes de culture, civilisation, savoir, poésie, et de nature humaine. Il est clair que les nouvelles en dehors d’Afghanistan ne le reflètent pas. Les nouvelles, généralement, ne présentent que le péjoratif. Alors si on n’y va pas, si on ne lit pas derrière les issus péjoratifs qui regardent l’Afghanistan, on ne sait pas qu’il y a une culture riche, des gens très éduqués, des paysages très beaux, surtout dans l’agriculture. Si on y va, on voit ces énormes champs de lavande, par exemple, qui poussent naturellement! Pourquoi ne pas utiliser ce produit pour fabriquer de l’huile essentielle? Ou le saffron - c’est un des ingrédients les plus chers en ouest! Si on investait, cela aiderait le pays à construire son économie. Alors ce que j’ai remarqué, c’est le désir de faire de son mieux pour aider les gens d’Afghanistan. Et pour avoir un équilibre entre la politique des responsables et la réalité des Afghans. J’y retournerais n'importe quand maintenant. 

Quels types d’observations avez-vous faites en termes d’accès à l’éducation, à l’accès à la santé et à la place des femmes?

Je dirai que depuis les années 90, il y a eu des progrès très extensifs en termes de, premièrement, la création et le renforcement de l’infrastructure pour l’éducation et la santé, et deuxièmement, l’éducation des professeurs et du personnel médical. Il y a eu de grands progrès et nous avons vu plus d’enfants à l’école, plus de femmes à l’école, etc… L'investissement dans l’infrastructure est toujours présent. Alors la chose la plus importante pour les gens qui veulent offrir du support c’est d’assurer qu’il ne diminue pas et que les succès soient consolidés. Je le dis constamment - ne fermez pas le dialogue! Nous devons continuer avec le dialogue pour que les succès qu’on a eu jusqu’ici pourraient être maintenus et qu’on puisse faire plus de progrès. Et je pense que maintenant on voit que plusieurs organisations internationales ont du dialogue, ce qui est bon signe. Je vois qu’il y aura du progrès. Je dis toujours que, dans des circonstances pareilles, nous créons un grand problème, comme en août, et puis ça diminue puisqu’il y a un autre problème. Non! Gardez-le toujours en vue. 

Avez-vous un rêve, un espoir ou une vision pour l’Afghanistan?

Oui - si je n’en aurai pas, je ne donnerai pas cet interview! Mon rêve pour Afghanistan c’est, en réalité, qu’on puisse faire des progrès vers l’inclusion de plusieurs groupes. Je ne parle que de femmes - je parle de femmes, jeunes, personnes à mobilité réduite, et ainsi de suite. Au niveau le plus haut. C’est-à-dire, la prise de décisions, l’élaboration de politiques, et l’élaboration de programmes. La vision serait qu’on travaille maintenant pour atteindre ce rêve-là. Nous ne devrons pas attendre qu’un tremblement de terre positif se passe, nous devons le créer. Et pour le créer, il faut assurer que chaque gouvernement offre du soutien à l’Afghanistan; chaque organisation internationale devrait exiger la représentation des femmes, la représentation des jeunes, la représentation des groupes vulnérables. Ils prendront les décisions. Ils contribueront aux succès en Afghanistan. They will be the ones making the decisions. They will be the ones contributing to the achievements in Afghanistan.